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  • manifeste loW feMs

    [texte paru dans le femzine 3]

     

    nous sommes un collectif qui se compose d’une personne pour le moment.. toute personne intéressée par cette identité et partageant le contenu de ce manifeste est la bienvenue à nous rejoindre..

    nous sommes les loW feMs,, celles qui vivent dans la rue,, qui sont précaires,, celles qui sont pas blanches,, qui sont invalides ((ou différemment valides pour le politiquement correct)),, celles qui sont grosses,, celles qui sont punks,, qui sont putes,, qui sont bitch.. nous n’aspirons à aucune élévation sociale au sein du système hétéropatriarcal et nous le combattrons jusqu’à la mort.. nous construisons notre identité à partir des restes fumants de la féminité,, comme des pièces rapportées et à l’emporte-pièce,, et nous les rendons brillants et brûlants à la fois,, propres à ravir notre teint.. le laid nous sied jusqu’à l’évanouissement.. nous sommes vulgaires et méchantes,, nous sommes violentes et anticapitalistes.. nous sommes sales,, puantes et poilues si nous le désirons.. nous Les effrayons parce qu’Ils ne savent comment nous dompter ni même comment nous regarder.. devant leur pathétiques tentatives de nous ramener à ce qu’Ils peuvent saisir,, nous explosons de rires incontrolables et sauvages.. Ils nous voient comme des détritus car nous représentons tout ce qui Les tétanise.. sans un regard en arrière,, nous nous drapons de leur horreur et de leur mépris comme d’un tissus fin et précieux qui nous rend encore plus merveilleuses..

    nous n’imitons pas le style des bourgeoises,, ni des personnes normées,, sauf s’il est vraiment de mauvais goût.. nous ne nous fondons jamais dans la masse sauf si nous l’avons stratégiquement décidé.. nous ne convoitons pas de place dans Leurs cieux et ne nous laisserons pas noyer dans les caniveaux.. Ils voudraient nous voir mortes ou enchaînées mais nous rendons les coups au centuple,, quelque soit notre manière de faire.. nous pouvons être manipulatrices et viriles,, porter notre collier de boules en talons aiguilles ou être douces et vicieuses,, qu’importe.. nous sommes solidaires entre toutes les fems et nous ne laisserons jamais les rivalités ou les jalousies nous séparer.. nous ne nous battons pas entre nous pour le coeur ou le cul d’une personne masculine ((ni d’aucune autre)).. nous sommes des fems,, pas des femmes..

    nous savons que la science n’explique pas tout. nous sommes des magiciennes,, des satanistes,, des déesses ou des sorcières et nous préparons les rituels qui entraîneront ce triste monde dans les poubelles de l’univers.. nous n’oeuvrons pas au sauvetage de l’humanité,, nous le regardons s’anéantir en sirotant une grenadine.. les droits des femmes, des homosexuels et des animaux nous font doucement sourire ou nous laissent de marbre.. nous n’attendons rien des lois pour notre bien-être ni pour celui des autres.. le réformisme nous n’en prenons pas même pour sucrer notre thé.. nous échangerions bien volontiers nos utérus contre des prostates car nous préférons la joie de jouir à la jouissance d’enfanter.. nous enterrons Freud et Lacan avec tous nos ennemis de classe et Leurs professeurs.. Leur morale,, nous la dévorons et notre apétit est sans limites..

    s’Ils pensent que nous sommes féminines,, c’est qu’Ils n’ont pas bien regardé.. pour certaines,, nous transpirons la virilité,, pour d’autres,, nous arborons un tel décalage avec les représentations de la féminité que notre ironie nous entoure comme une aura.. nous avons de l’humour et nos codes se transforment comme un jeu selon nos humeurs.. s’Ils pensent que nous sommes trop voyantes,, Ils sont encore bien en-dessous de la réalité.. nos charmes sont façades et nos armes sont grossières..

    vous pourriez être nous mais nous ne serons jamais Ils..

    ((et leurs Majuscules, Ils peuvent Se Les mettre au cul))


  • La dissolution du réel dans l’audiovisuel

    Postulat 0: Culture et Société

     

    La culture n’est pas un fait humain indépendant des structures de pouvoir et d’organisation des sociétés. Elle n’est pas une sorte d’océan d’art et de pensée universels dans lequel les âmes viendraient s’abreuver spirituellement.

     

    Il n’y a ni culture ni art en dehors d’un contexte social. S’il y a une grande diversité de masques du Poro, c’est parce qu’il existe en Afrique de l’Ouest une société initiatique du même nom qui les a créés pour traiter de problèmes sociaux divers ; si l’on rencontre des figurines de la fertilité dans de nombreuses cultures africaines, c’est parce que le maintien démographique du groupe est nécessaire à la pérennité de son organisation sociale et politique ; si le Cameroun et le Nigeria, par exemple, ont un art royal, c’est pour pérenniser la domination d’une classe aristocratique au pouvoir.

    WASTIAU

     

    La culture telle qu’on la connaît actuellement est liée au développement économique, politique et technologique de l’humanité. Je vois deux ‘mouvements’ dans le développement de la culture occidentale contemporaine. D’un côté, une culture qui s’adresse de plus en plus aux intellectuels et aux artistes eux-mêmes, une culture élitiste et spécialisée qui demande une connaissance approfondie des arts et de la pensée pour pouvoir l’appréhender (mais qui reste, en général, consommée par les riches et les puissants). D’un autre côté, le développement d’une culture de masse (une culture petite bourgeoise), relayée par les nouveaux modes de communication, par de nouvelles institutions (presse, musée, cinéma, radio, télévision, galeries d’art, internet, etc) , encouragée par l’apparition d’acquis sociaux comme les congés payés et la très rentable division de la vie entre ‘loisirs’ et travail qui en découla. Ce développement d’une culture de masse a été de pair avec la dégradation progressive des cultures dites ‘populaires’, ‘locales’ et ‘traditionnelles’.

     

    Comme pratiquement tout, ‘culture’ est un terme parfaitement usé ; usé à la perfection. Le concept qui se cache derrière ce mot n’est absolument pas innocent. On entend pourtant parler pompeusement de culture comme s’il s’agissait d’une catégorie universelle et inamovible. A des circonstances déterminées, à un type de société déterminé, de relations sociales, de relations de production correspond une culture déterminée. Il est donc nécessaire d’ajouter après le substantif les noms qui lui correspondent, de le relativiser ; dans ce cas : culture capitaliste, culture consumériste, culture médiatisée et médiatique, culture spéculative et spectaculaire.

    Celui qui a le pouvoir fabrique la réalité à sa mesure, et il le fait par le moyen de la culture. La culture devient tout cet ensemble plus ou moins complexe d’éléments dont la mission est de légitimer cette société ; elle est chargé de la reproduire, de la perpétuer.

    MONTERU

     

    Postulat 1: la déréalisation de la vie par le monde des images en général, et du cinéma et de la télévision en particulier

     

    L’industrie cinématographique, perpétuant la tradition théâtrale, sert encore ses marchandises comme un spectacle destiné à de nombreuses personnes en même temps– ce qui constitue indubitablement un archaïsme. Il n’est pas étonnant que les industries de la radio et de la télévision aient pu entrer en concurrence avec le film malgré la gigantesque expansion que celui-ci avait connue : ces deux industries avaient précisément l’avantage de pouvoir écouler comme marchandise, en plus de la marchandise à consommer elle-même, les instruments qu’exigent sa consommation, et cela- à la différence du film- chez presque tout le monde. […] La consommation de masse, aujourd’hui, est une activité solitaire. Chaque consommateur est un travailleur à domicile non rémunéré qui contribue à la production de l’homme de masse.

    ANDERS

     

    Ces réflexions concernant les industries du loisir audiovisuel sont un peu datées, l’industrie cinématographique s’étant remarquablement recyclée en passant des accords avec la télévision pour leur revendre les droits des films, en tournant dans leurs studios des films produits par et conçus pour la télévision, puis avec la vente des cassettes et lecteurs vhs et celle des dvds.

     

    Le réel qu’on peut observer, qu’on peut échanger a été remplacé par un réel en effigie, un réel trié et retransmis duquel nous sommes spectateurs et non acteurs. Un réel passé par le filtre censeur de consciences anonymes (celles qu’Isabelle Stengers appelle les « petites mains » dans son livre La Sorcellerie capitaliste), donné en spectacle, sur lequel nous n’avons aucune prise et qui est à la fois lointain et proche, puisqu’il pénètre nos foyers pour nous accompagner durant nos moments les plus intimes mais qu’il n’a que très peu à voir avec nos vies. Si ceci est particulièrement vrai pour les programmes classiques de télévision (informations, émissions de variété, etc), ça l’est aussi pour le cinéma.

     

    [Le réel] est à la fois présent et absent, c’est à dire fantomatique.

    ANDERS

     

    Ce réel issu de la culture ‘télé-cinéma’ prend tant d’importance qu’on connaitra souvent mieux l’histoire présumée de Cléopâtre que les transformations récentes de nos propres quartiers ou que l’histoire des luttes des cinq dernières années de nos propres villes. La vie de Johnny Depp, d’Angelina Jolie ou de personnages qu’ils incarnèrent nous sera plus familière que celle de nos pères ou de nos sœurs, leur beauté nous semblera plus attractive que celle de nos compagnes ou compagnons, leurs malheurs, plus dignes d’intérêt que ceux de nos voisins de palier.

     

    Ce monde, que nous observons de ces petits ‘hublots’ au sein de nos salles de séjour ou de nos chambres, n’est qu’une image reconstruite d’un monde, il n’est que représentation se faisant passer pour réelle.

     

    Quand le fantôme devient réel, c’est le réel qui devient fantomatique.

    ANDERS

     

    En se faisant passer pour ‘vrai’, le spectacle a le pouvoir de transformer le réel, de l’effacer, de le cacher, de le travestir sous une couche de fard et de maquillage, de goudron et de graisse, de béton et de vitres, au point que ce réel finisse par disparaître, faute d’être vécu. Le spectacle agit sur les rapports sociaux, il est profondément performatif, c’est à dire qu’il a une fonction (centrale) dans l’organisation sociale : celle de pérenniser des castes au pouvoir (principalement financières et politiques), celle de donner à ce pouvoir les outils pour pénétrer les rêves des gens, d’adapter ces rêves à leurs intérêts, aux besoins du marché, de façonner les désirs, de se donner en représentation et que cette représentation devienne à la fois réalité et déité. Le spectacle utilise l’iconodulie propre à toute société en la poussant à son paroxysme, en transformant la réalité des rapports sociaux en réceptacles pour un monde créé de toute pièce et par cela, vide. Le spectacle transforme le pluriel en singulier, il unifie la société sur une base pervertie, en uniformisant les désirs et les possibles.

     

    Un des modes d’action de la spectacularisation du monde cinématographique est de permettre une compréhension unilatérale des histoires contées, de rendre facultatives les (éventuelles) multiples interprétations en permettant à un spectateur de se plonger tout entier dans une histoire, sans prendre de recul. C’est entre autre à cause des techniques de divertissement que le cinéma s’est fourvoyé et s’est laissé manipulé. Ces techniques de divertissement sont directement liées aux moyens de production de cet art. C’est pour cela qu’un art qui non seulement permette des interprétations multiples mais aussi qui ne se donne pas à voir sans travail réflexif peut être une solution possible à la bovinisation de la société.

     

    [Les règles de la dramaturgie traditionnelle] ont été longtemps considérées comme constituant l’unique modèle pour exprimer le conflit dramatique.

    Les liaisons poétiques apportent davantage d’émotion et rendent le spectateur plus actif. […] Il ne s’en remet plus à des conclusions toutes faites imposées par l’auteur. […] Il est inutile de limiter la complexité de la pensée et la vision poétique du monde dans le cadre d’une réalité trop évidente. […]

    Quand tout n’est pas dit, on peut réfléchir et deviner encore par soi-même. Les conclusions ne doivent pas être livrées toutes faites au spectateur sans qu’il ait un effort à fournir.

    […]

    Le chemin que l’auteur fait ici emprunter au spectateur (en le faisant aller au-delà de ce qui est montré) est le seul qui le mette sur un pied d’égalité avec lui. Ne serait-ce qu’au nom du respect mutuel, une pareille réciprocité mérite d’entrer dans la pratique artistique.

    TARKOVSKI

     

    Mais l’art ne peut changer seul. La société dans son ensemble doit changer pour rouvrir les possibles. Ce sont des questions structurelles d’organisation collective. La séparation entre loisir et travail – séparation qui est une des plus mortifère de nos sociétés (pouvons-nous encore utiliser un pluriel?)- est une des premières à remettre en question. C’est cette séparation qui donne naissance à l’idée d’un travail ‘alimentaire’ qui permette de s’offrir les loisirs qui permette d’oublier l’absurdité de ce travail. (Des gens réussissent à trouver un travail proche de leurs intérêts mais ils sont rares et sont souvent amenés à choisir entre leur éthique ou leurs envies et la nécessité de garder ce travail pour pouvoir survivre).

     

    L’EXEMPLE DES FILMS « HISTORIQUES »

    Le réalisateur (ou le producteur) revisite des faits historiques1, il les interprète à sa sauce, avec toute son armada de clichés, de préjugés et d’idéologie et il les refourgue au consommateur sous une forme filmique, assortis d’une série de codes narratifs et émotifs propres à transformer une ‘réalité’ en spectacle. Les souvenirs de ce spectacle, accompagnés peut-être de vagues réminiscences de l’enseignement scolaire et éventuellement nourri de quelques lectures d’origine indéterminée, donnera naissance à tout un imaginaire collectif concernant le monde et son histoire supposée.

     

     

    Postulat 2: le cinéma comme producteur de mythes

     

    Le cinéma et la télévision ont remplacé le théâtre, la peinture, la littérature ou la tradition orale comme producteurs principaux de mythes et comme générateurs de conscience ou d’imagination collective. La production de tous ces films est réunie entre les mains d’une poignée de multinationales et de financiers. Donc une petite poignée de criminels, de requins et d’assassins détiennent le pouvoir de forger les mentalités autour d’eux, de conditionner les gens, remplir leur imaginaire, les rendre dépendants et rendre les luttes inopérantes.

     

     

    Postulat 3: la vidéo et le cinéma expérimental comme pratiques subversives et lieux de lutte

     

    Le cinéma utilise des codes qui ont évolué en même temps que l’histoire récente de l’humanité. Il sait plaire au public et son langage a été construit dans ce but. Par diverses technologies*, la société a été habituée à une consommation facile de loisirs et de spectacle qui la rendent particulièrement sensible au cinéma commercial.

     

    La vidéo et le cinéma expérimental, par leur déconstruction des langages traditionnels de l’audiovisuel et leur pratique en marge des systèmes de production-diffusion-consommation, se situent, presque par essence et en dehors de la volonté ou de la conscience des auteurs et des programmateurs, en lutte contre le milieu dominant de l’audiovisuel.

     

    Néanmoins, en dehors des circuits habituels de production de films, une sorte de nouvelle caste s’est développée : celle du milieu artistique. De la vidéo d’art comme étant oeuvres à consommer en galerie ou en musée, elles sont présentées à un public spécifique, enfermées et inoffensives, tellement mises à l’écart des vrais lieux de vie qu’elles perdent tout pouvoir d’invocation, toute valeur magique d’action sur le monde.

     

      * Technologie est entendu ici comme un ensemble de dispositifs agissant sur la vie et les relations humaines. Il n’est pas pris dans son sens plus courant qui engloberait les dernières nouveautés en matière de technique humaine (informatique, RFID, nanotechnologies, microtechnologies, robotique, etc).

     

    Triste est l’empire du concept : avec mille formes changeantes

    Il n’en fabrique, pauvre et vide, qu’une seule.

    SCHILLER

     

    Ce qui me dérange dans l’émergence de cette caste n’est pas tant que la diffusion des films soit réduite, je pense qu’une contestation artistique (ou autre) est obligée de passer par là. Une diffusion trop ‘globale’, trop ‘massive’ ne peut que détruire un discours en marge et le rendre soit anecdotique, amusant et faiblement provocateur ou alors carrément stéréotypé. Ce type de distribution met aussi une distance énorme entre les spectateurs et les créateurs, rendant les premiers plus voisin de bétail venu ruminer une nouvelle marchandise et portant les seconds à un statut proche du demi dieu. Opérant une nette rupture entre consommation et création. Un public réduit mais disparate me semble plus approprié. Maintenant, je n’ai pas de solution toute faite pour que les gens s’intéressent à la création ni pour que les artistes sortent de leur getthos. Il n’y a pas de solution absolue, c’est à chacun de faire selon ses moyens, en accumulant les micro projets, en étendant des réseaux, en s’ouvrant à une certaine altérité.

     

    La pratique artistique a une portée morale, avant toute considération esthétique ou économique (comme le disait Jonas Mekas en 1960).

     

    Nous ne voulons pas de films faux, ‘bien faits’, roublards- nous les préférons rudes, mal faits mais vivants ; nous ne voulons pas de films ‘roses’- nous les voulons de la couleur du sang.

    MEKAS

     

    L’art est à la fois le lieu où les pires compromissions se déguisent sous l’aspect charmant d’œuvres esthétiquement réussies et un lieu de subversion, de réflexion et de recherche qui ne sont pas indépendants de la vie.

     

    L’œuvre n’est pas un simple ‘message’ qu’on lit, qui récapitule une connaissance ou une pratique. Ayant reconnu aujourd’hui la fonction ‘performative’ des œuvres, c’est à dire leur efficacité immédiate, nous savons qu’il en va tout autrement. Les œuvres sont produites et utilisées pour agir sur le monde et en particulier sur les rapports entre les individus. De ce fait, la fonction première des œuvres est une fonction sociale.

    WASTIAU

     

    Mais le capitalisme est le roi de la récupération, il s’empare d’idées neuves, de pratiques différentes pour les intégrer dans son propre système de production/consommation et encore une fois, les vider de toute portée subversive, de toute réflexion, de tout pouvoir de transformation. Il opère en replaçant le sujet actant (en admettant qu’une œuvre puisse être un sujet) sur un registre d’objet fonctionnel univoque, prêt à l’emploi, facile à utiliser et à comprendre, appréhendable en un coup de neurone, un objet transformé en divertissement consommable en série.

     

    Politiquement parlant, selon certaines conceptions antérieures, « résister » voulait dire simplement non. C’est seulement en termes de négation que l’on a conceptualisé ce terme. Dire non constitue la forme minimale de résistance. Il faut dire non et faire de ce non une forme de résistance décisive. C’est un processus de création ; créer et recréer, transformer la situation, participer activement au processus.

    Cela soulève la question de savoir de quelle manière, et dans quelle mesure, un sujet- ou une subjectivité- dominés peuvent créer leur propre discours. On ne peut d’ailleurs jamais être sûrs qu’il n’y aura pas exploitation, par la publicité par exemple, de ces nouvelles formes de langage. Et de les rendre par là-même inopérantes, innocentes, vidées de toute portée réellement subversive. En fait, on peut être sûr qu’il y aura réappropriation par le discours dominant, et que tout ce qui a été créé ou acquis, tout le terrain qui a été gagné, sera, à un moment ou un autre, utilisé de cette manière. Il en va ainsi de la vie, de la lutte, de l’histoire des hommes. Et je ne pense pas que cela soit une objection à tous ces mouvements de résistance ou à toutes ces situations.

    FOUCAULT

     

    Postulat 4: le cinéma dépend de moyens de production et de diffusion énormes et est donc une pute dans son essence

     

    Évidemment (et heureusement), il existe de très bons films et de très bons réalisateurs. Mon travail ne s’attèle pas à analyser le cinéma traditionnel donc je ne m’évertue pas ici à argumenter et développer ce propos. Par contre, je ne pense pas que l’on puisse dissocier les moyens et la fin. Ce que je veux dire, c’est que même le « bon » cinéma est perverti par ses moyens de production et de diffusion. Il y a à la fois un mouvement qui fait que des réalisateurs se démarquent des productions « courantes » et fasse un cinéma très personnel et très intéressant et à la fois un mouvement qui fait qu’ils ne font que recoller des morceaux pourris et participent à la pérennisation d’un système POURRI.

     

    Ce qui nous mobilise et nous démobilise, ce qui nous informe et nous déforme, ce ne sont pas seulement les objets retransmis par le ‘moyen’ mais les moyens eux-mêmes, les instruments eux-mêmes qui ne sont pas de simples objets que l’on peut utiliser mais déterminent déjà, par leur structure et leur fonction, leur utilisation ainsi que le style de nos activités et de notre vie, bref, nous déterminent.

    ANDERS

       

      Une armée d’artistes se produisent dans les réseaux alternatifs par incapacité de percer dans le milieu des ‘célébrités’, dans le milieu de l’art marchand. Ceux-là n’ont pas mené de réflexion approfondie sur les processus de création et de distribution, sur le rôle de l’art, etc ou bien se sont laissés séduire par les apparats du système dominant. Ceux-là sont dangereux pour les initiatives en marge, ils sont les premiers à s’approprier les idées neuves, surtout si leurs créateurs ne daignent pas poser de brevet ou gagner leur vie à partir de leur ‘découverte’. Ceux-là sont des ennemis, même si leur visage est flou et fluctuant et qu’il n’est pas question de faire des Chasses aux Sorcières.

     

    TO BE CONTINUED…

     

    1Avec tout ce que ce mot (des faits) a d’ambigu dans la pratique même de l’historien lorsque l’on sait que celui-ci se base sur des artefacts ou des documents d’origine variable, n’ayant bien sûr pu le vérifier lui-même.


  • Fuck Manifesto

    En guise d’introduction…

     

    Je m’adresse à tous ceux qui, fatigués des valeurs de notre temps, fatiguées de sa mollesse, de sa corruption, de sa complaisance, de sa futilité, de sa brutalité cherchent des alternatives. Ce texte est une proposition. Pour se retrouver autour d’un dénominateur commun, d’une entente minimale qui ne veut pas dire « plus petit dénominateur commun », qui ne veut pas dire consensus mou ou accord passif. Ce texte ne troque pas de radicalité pour plaire, il ne se veut pas consensuel. Ni démagogue. Il se cherche. Il cherche. A replacer une éthique là où tout devient confus, où le compromis et la compromission font bon ménage, où faire-quelque-chose-de-sa-vie rime avec compte-en-banque-bien-garni, gloire-personnelle et multitude-d’objets-aussi-familiers-qu’inutiles-pour-peupler-mon-univers-si-cruellement-vide.

     

    Je veux en finir avec les concepts d’uniformité, de majorité, de normalité. Je postule que l’homme moyen (càd humain, mâle, blanc, majeur mais pas sénior, aisé, propriétaire, valide, travaillant, vivant en toute légalité de toute heure et de tout temps, sportif, en bonne santé, etc) sur lequel se base la démocratie : toutes les constitutions, les droits de l’homme, le système juridique en général et l’idee même d’humain, je postule donc que cet homme n’existe pas. Il est un concept -duquel, certes, certaines personnes se rapprochent plus que d’autres- mais qui n’est qu’abstraction, une sorte de maître-étalon au-dessus de toute réalité, un grand prêtre de l’illusion ou, justement, la statue que cet iconodule vénère.

     

    Ce texte s’adresse aux entités individuelles qui entretiennent leurs particularités et ne se mutilent pas pour se fondre dans le moule et la foule. Ce texte s’adresse aux anormaux ; ou du moins, voudrais vous pousser à vous considérer comme tel, et signifier concrètement la mort des monopoles et de ceux qui les construisent. Il n’y a pas d’avenir rose, pas de fin de l’histoire douce et joyeuse, pas de complétude, d’accomplissement final pour l’humanité. Simplement, des chemins, des routes, des sentiers, qui ne mènent nulle part ailleurs qu’à eux-mêmes. Ce texte se réfléchit, se perçoit, s’entend et se voit comme une voie parmi d’autres, comme une voie qui ne possède pas la raison ou la vérité, comme une voix qui a besoin de crier et d’être écoutée et qui ne demande qu’à créer, avec d’autres, une polyphonie riche et dissonante.

     

     

    Devant l’insécurité de notre abri et de notre vie, nous pratiquons l’art du recyclage, de la récup. On ne glane plus la protection de l’état, de l’église ou de mécènes. On fait avec ce que l’on trouve sachant qu’on peut se faire expulser d’un jour à l’autre pour le bien d’un grand projet urbanistique ; et laisser derrière nous une partie de nos objets, de nos vies. L’éphémère devient une esthétique en même temps qu’une nécessité. On trouve puis on abandonne au gré des envies des propriétaires et de leurs amis spéculateurs et policiers. Personne ne nous nourrit pour entretenir le bel artiste que nous sommes peut-être et nous ne l’espérons pas. Nous ne voulons ni nous vendre, ni implorer la charité, ni nous plaindre. L’argent bourgeois atteindra nos poches par d’autres moyens que par nos créations. Nous prenons ce dont nous avons besoin là où nous le trouvons.

     

    L’art du recyclage ne se limite pas à glâner les matières premières nécessaires à la fabrication d’objets. Il remet en question le concept même de création comme propriété à part entière d’un individu. C’est un art qui est fait de bricolage. D’assemblage. De remaniage. Parce que nos subjectivités sont créées de toute pièce à partir d’un environnement donné, parce que c’est la vie en société, en communauté qui nous forge tels que nous sommes. Ce qui ne veut pas dire que nous sommes tous les mêmes, loin de là, mais je conteste l’idée centrale, dans la pensée occidentale, de la sacro-sainte individualité comme produit d’une grandeur d’âme particulière ou d’une profonde authenticité donnée à priori. Je postule que nous sommes ce que nous faisons, que nous sommes produits par un milieu et une culture donnée. Donc l’art est à tout le monde et à personne à le fois, il fait partie du patrimoine collectif. Le droit d’auteur est une fantaisie propre à notre époque et à notre civilisation. Rien ne la justifie. Certainement pas les intérêts financiers de quelques grosses entreprises. Aucune création n’est le fruit unique d’une pensée géniale ou avant-gardiste, tout est lié, toute création prend ses sources dans ce qui a été fait, ce qui a déjà été « inventé », ce qui existe, ce qui est latent et présent dans l’imaginaire collectif. J’affirme la liberté de tous de se réapproprier le travail d’autrui pour le diffuser et le modifier à son gré puisque rien ne nous appartient.

     

    L’art n’est plus affilié à aucun type de pouvoir ni de politique. L’art se suffit à lui-même puisqu’il a perdu ses maîtres. Nous n’appartenons à aucun courant ni mouvement. Nous pratiquons l’art comme la vie, avec une ferveur qui ne laisse pas de mélancolie boueuse ou de passivité effrénée nous diriger. Notre art est politique dans son essence et dans sa pratique, pas dans son discours. Il ne prêche pas de parole vertueuse ni de propagande niaise. Il est et cela nous suffit. Il est le reflet d’une réalité, celle que nous vivons. Il est à la fois miroir, arme ou regard, terroriste, poète, brutal et contemplatif, aliéné, pomme et décevant.

     

    Vous nous trouverez là où vous ne vous y attendez pas, au détour d’une rue, sur le passage d’une émeute, accroupis à caresser votre chien, dans votre lit… Qui sait? Nous sommes partout et nulle part à la fois, nous sommes tout le monde et personne. Mais vous êtes peut-être un peu nous. Et nous sommes parfois un peu vous.

     

    Nous rions au vent et hurlons à la lumière. Celle de midi, qui cache la profondeur des choses. Celle de minuit, qui chasse les recoins d’ombre où nous nous plaisons tant. Vous nous trouverez tant dans les égouts que dans les châteaux, nous sommes polymorphes et nous adaptons partout. Nous sommes les puces qui grimpent sur vos chats et envahissent vos maisons. Nous sommes les louves que vous vous plaisez à voir en cage. Nous sommes les bœufs que vous aimez voir travailler puis admirer dans la vitrine du boucher. Nous sommes ce boucher qui peut-être un jour vendra des pièces de vos chairs.

     

    Cet art, nous ne vous le vendrons jamais. Ou peut-être, avec ce rire plein de mépris, nous vous le laisserons, comme une coquille vide qui a perdu tout pouvoir d’invocation une fois passé dans vos vilaines mains. Ce que nous possédons, jamais vous ne l’aurez, parce que votre argent le détruit quand il le touche. Il y en a des choses que vous ne pouvez acheter. Mais vous l’ignorez, parce qu’en acquérant fortune, vous avez perdu les sens.

     

    Nous nous inscrivons dans l’histoire et agissons dans le présent, même si l’avenir nous semble compromis. Nous entendons les cris qui fusent autour de nous et observons la décadence d’une civilisation. Nous sommes les produits de cette société et de son déclin*. Nous nous trouvons aux côtés des malchanceuses, des enfants, des vieillards, des enfermés, des animaux, des infirmes, des vilains, des errants, des femmes, des taulards, des sans-papiers, des déçues, des malades, des idiotes, des putes, des voleurs, des illégaux, des inconciliables, des irréconciliables.

     

    Notre art est une arme.

    Contre la bêtise, l’ennui, la puanteur ambiante et les crimes, les vrais : ceux des oppresseurs, ceux des puissants pour qui nos vies n’ont d’importance que pour gagner la partie.

    Pour le multiple, le divers, la violente, l’obsolescent, la différente, l’étrange. Nous ne cogitons pas sans fin sur nos propres processus créatifs. Nous ne nous laissons pas subjuguer par un bonheur béat ou une tristesse faste. Nous crachons sur le bien-pensant, le convenu, les lieux communs, le complaisant. Nous laissons les milieux affairistes aux artistes dévots ou ambitieux et préférons patauger dans la vase qui suinte de vos déchets.

     

    Nous ne planons pas en nous réjouissant de notre fonction sociale présumée. Nous ne mettons aucune hiérarchie entre les différents types de créations, qu’elles soient dites mécaniques, politiques, artistiques, électroniques, littéraires, informatiques, philosophiques, architecturales, hypocritement maçonniques, sexuelles, qu’elles soient de taille, façonnées, bricolées, revisitées, poinçonnées, dévissées, soudées, montées. Nous touchons à tout et ne nous enfermons pas dans une spécialité. Mais nous ne nous contentons pas d’effleurer des domaines, nous aimons aussi les creuser, les approfondir, les manipuler, les triturer, les modeler, les déformer. La règle est la débrouille et la curiosité, l’autonomie et la solidarité. C’est cette curiosité même qui nous permet de nous investir dans certaines spécialités sans quitter des yeux un ensemble, des ensembles, sans boucher nos oreilles à ce que d’autres ont à dire, sans fermer nos sens aux caresses ou aux claques.

     

    Nous rejetons le modèle de vie bourgeois et capitaliste. Nous désirons le partage des tâches ingrates, nous ne voulons pas de servage masqué ou d’esclavage soi-disant consentant. Nous ne voulons pas que d’autres nous débarrassent de nos poubelles, nous en avons marre qu’on passe derrière nous pour nettoyer nos merdes, nous emmerdons l’infantilisation forcée et forcenée que nous subissons. Nous savons tenir un balai, nous pouvons manier un tournevis, nous apprendrions à manœuvrer un camion poubelle ou un chasse-neige. Marre des panneaux, des enseignes, des conseils d’hygiène, des notices explicatives, des posologies, des modes d’emploi. Nous ne voulons pas d’une culture du travail, avec le plein-emploi comme but en soi. Le travail salarié ne nous intéresse pas. Nous savons ce que nous voulons, ou plutôt ce que nous ne voulons pas. Et nous nous battons pour maintenir des espaces dans lesquels nous vivons plutôt que de survivre.

     

    Bien des idéologies ont passé et nous ont éclairées de leurs utopies ou nous ont molestées de leurs brutalités. De l’eau a coulé sous les ponts. Leur règne est pour un moment révolu. Puisque le socialisme n’est plus. Certaines idéologies de masse ont déserté pour un temps nos contrées, laissant le monopole à la Victorieuse, le Seule, l’Unique. L’écologie teintée de complaisance et ses discours gluants se fondent tant bien que mal dans une économie de marché. Et ceux là mêmes qui détruisent nous prêchent le repentir, le teint rose, l’œil brillant. La désillusion nous habite, bien sûr, comme tout le monde. Mais une sorte d’espoir fou, de joie sauvage nous maintiennent la tête hors de l’eau et nous permettent de nager, même à contre-courant, voir de sortir du fleuve. L’anarchie existe. Dans les recoins, les interstices. Elle se vit au quotidien, dans notre rapport au monde, notre rapport aux êtres qui nous entourent, à nos activités. Elle existe et n’est pas totalitaire. Elle co-existe. Elle n’est pas la seule réalité. Elle en admet d’autres.

     

    *Le mot déclin est fort relatif, je l’utilise ici en réaction aux notions de Progrès dont nos valeurs, nos mythes et nos récits sont pétris. Je reste ici, bon gré mal gré, dans des conceptions téléologiques de l’histoire et de l’avenir de l’humanité.

     

    TO BE CONTINUED…


  • A propos des indignés…

    Un texte d’anticipation écrit en 2006 et diffusé parmi les indignés de la place de Catalunya à Barcelone

    « C’est la plus vieille spécialisation sociale, la spécialisation du pouvoir, qui est à la racine du Spectacle. Le spectacle est ainsi une activité spécialisé qui parle pour l’ensemble des autres. c’est la représentation diplomatique de la société hiérarchique devant elle-même, ou toute autre parole est bannie. Le plus moderne y est aussi le plus archaïque. »

    « Se relever. Relever la tête. Par choix ou par nécessité. Peu importe, vraiment, désormais. Se regarder dans les yeux et se dire qu’on recommence. Que tout le monde le sache, au plus vite. On recommence. Finis la résistance passive, l’exil intérieur, le conflit par soustraction, la survie. On recommence. En vingt ans, on a eu le temps de voir. On a compris. La démokratie pour tous, la lutte “anti-terroriste”, les massacres d’État, la restructuration capitaliste et son Grand Œuvre d’épuration sociale, par sélection, par précarisation, par normalisation, par “modernisation”. On a vu, on a compris. Les méthodes et les buts. Le destin qu’ON nous réserve. Celui qu’ON nous refuse. L’état d’exception. Les lois qui mettent la police, l’administration, la magistrature au-dessus des lois. La judiciarisation, la psychiatrie, la médicalisation de tout ce qui sort du cadre. De tout ce qui fuit. On a vu. On a compris. Les méthodes et les buts. Quand le pouvoir établit en temps réel sa propre légitimité, quand sa violence devient préventive et que son droit est un “droit d’ingérence”, alors il ne sert plus à rien d’avoir raison. D’avoir raison contre lui. Il faut être plus fort, ou plus rusé. C’est pour ça aussi qu’on recommence. »

    Avant, il y avait cette logique : s’organiser ou s’indigner. Désormais : s’organiser pour s’indigner. Nous disons : qui s’indigne attend encore de ce monde, pourtant déjà un souvenir ruiné. Qui fait attention à son image est déjà dans la force-de-travail. Esclave. Détruire le vieux monde en nous est le geste le moins spontané qui puisse être. Les intensités sont des vérités. Le monde n’est guère favorable aux vérités nouvelles. L’être isolé est le centre de ce monde en même temps que ses bordures, facilement déchirables. une foule d’êtres isolés également.

    Il n’y a pas de communisme sans abandon, d’abandon sans destruction et de destruction sans son possible matériel. Pas de communisme possible dans
    ces structures gestionnaires de l’acampada barcelonnaise. Certains disent : nous n’avons plus de Chef, plus d’Autorité sans voir comment ils font
    autorité avec le consensus et la paix. On se bat pour des idées, les mêmes que la Police. Toujours les mêmes entourloupes : l’AG pense qu’elle est
    souveraine du mouvement, garante des principes, affaires de bureaucrates. Est souverain celui qui organise le pouvoir, agence les temporalités, produit du mouvement. Non celui qui vote et s’égosille. Cette chimère volatile n’a d’autre pouvoir que celui d’approuver les questions techniques. Les questions techniques sont la mort du politique. La révolution a toujours été affaire de guerre, ceux qui le nient ont des cadavres dans la bouche et sont sans mémoires, autant dire, sans conscience historique. Pour destituer nos vies du capital, il faut se destituer de nos images et du langage commun des choses.

    Reprendre de là où nous ne sommes jamais partis avant : de Rien. Ceux qui coïncident avec leur époque et ses vérités sont ceux qui coïncident avec son bonheur. La première des guerres contre notre époque est la guerre diffuse contre sa forme de bonheur. Ceux qui veulent détruire un ordre ont inévitalement comme Ennemi les forces de l’Ordre. Encore faut-il assumer un certain désordre. En temps de trouble comme en temps de crise, tout appel à l’unité, à se serrer les coudes est un appel à la soumission passive. Ceux qui recherchent l’unité sont ceux du parti de l’Ordre. Tous ceux qui prétendent n’avoir que des positions stratégiques reproduisent le langage de l’État et du Prince. Ils repoussent le moment de la décision. Tous ceux qui normalement devraient se positionner contre le cirque mais ici le garantissent sont prisonniers de l’Infrastructure. On ne peut subvertir idéologiquement. Croire qu’on peut changer le langage, les gestes, les dispositions en gardant l’infrastructure est un mensonge. L’idéologie est un mensonge.

    Où sont les armes de la critique ? la critique sans armes est un vote, une simple et triste opinion. La puissance n’est pas simple affaire de nombre sauf si l’on postule que tout a une valeur, c’est-à-dire est quantifiable et échangeable. L’unité sur une idée est une chose, sur une pratique un geste. Aucune autre forme de police est possible. Ceux qui ont pour amie la police ont pour amie la marchandise. L’Information existe grâce au spectacle. Ceux qui pensent que « les gens » ne sont pas assez informés de ce qui se passe ou qui se soucient de « l’image du mouvement » disent ceci : « le monde ne fait pas assez bien son travail ». C’est l’avant-garde de demain. La véritable question est le désir : où sont nos désirs ? Le pacifisme pacifie. Une technique policière pour contenir les désirs d’insurrection, d’en finir effectivement.

    Se dire non-violent est accepter ceci : « on nous a désarmé, désamorcé jusqu’à la paralysie la plus totale ». Cela convient bien au monde. Se poser la question de « la violence » revient à penser comme un État. Il n’y a de violence uniforme que pour celui qui s’en arroge le monopole. La question de « la violence » est alors la question de la pacification : comment gérer « la violence » c’est-à-dire tout ce qui vient, de toutes parts et de tous camps, démobiliser et déborder le monopole étatique de la violence. Se pose ce paradigme : celui qui s’affirme non violent s’affirme pacifié, impuissant. Il accepte l’opération étatique : « la violence est tout ce qui vient déborder mes positions ». Il y a la violence fondatrice et la violence conservatrice. Brûler un commissariat n’est pas le même geste que le construire. Il y a ceux qui gardent un ordre et ceux qui veulent le détruire. Vient la violence fondatrice révolutionnaire : celle qui ne peut être récupérée et ne peut fonder aucun autre ordre. C’est la puissance. La question des armes, du point de non-retour dans le conflit. Ce point sans retour d’où le mirage de la violence comme problème se dissout en même temps que de chaque côté de la barricade on acte de cette situation : il s’agit d’une guerre qu’il faut gagner. Se dire non-violent c’est vouloir proposer une société sans-violence. Le nombre de techniques policières pour éradiquer et s’approprier tout cela devra être faramineux. Le nombre d’heures de yoga aussi.

    La meilleure des polices ne porte pas l’uniforme.

    La démocratie est une manièrte de gouverner. Tout type de gouvernement est mauvais. Le paradigme post-moderne : une administration et sa population,
    comme à la place : la commission et le Pueblo.

    Où avez-vous mis votre rage ? Êtes-vous si policés pour qu’au nom du pacifisme, la rage de toute une vie d’esclave soit évacuée ? Tant que l’on désire la marchandise, on est contre-révolutionnaire. Dans ton combat contre le monde seconde le monde. Voici le pouvoir du spectacle : « Des léopards s’introduisent dans le temple et s’abreuvent aux jarres d’offrandes qu’ils vident. Le phénomène ne cesse de se répéter : il finit par être intégré à la cérémonie. » Tout raser pour ne pas être récupéré. Vouloir garder un pan de ce monde est déjà vouloir le sauver. Le Capitalisme est l’économie de ses fuites. Refuser le point de vue gestionnaire n’est pas affaire de méthode mais bien de position politique. La gestion et sa métaphysique du pragmatisme froid et stratégique sont ennemis de tout processus d’abandon et de conflit. Il existe une différence, subtile au possible, entre être pacifiste par choix d’armes et désirer la paix avec les flics. C’est une différence de camp. Lorsque l’unique manière de se rendre lisible au monde et d’agréger les désirs est
    la revendication, la séduction, il y a comme une défaite programmée. Une puissance est ce qui arrache les hommes et femmes à la société ordinaire par des évènements. Le combat contre le mal finit toujours au lit lorsqu’on prête attention à sa force de séduction. Le monde n’est pas cool et twitter n’est pas le monde. Désormais la politique classique est s’informer. Être transparent signifie que l’on n’a rien à se reprocher, soit du fait que l’ON FAIT LE BIEN, soit que l’on est du néant passif, pour le reste, une caméra, un flic, un vigile, un appareil photo, un portique, un citoyen, tout cela est fatalement hostile. Pour être transparent il faut accepter d’être transpersé, c’est-à-dire perdre.

    Vendredi 10 juin 2011.